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Brevet déposé par Rotomer
Le "Bow Bent System" mis au point par la société Rotomer est déjà appliqué depuis plus d'un an sur le fameux Triak (voir essai dans le numéro 66 de décembre 1997 de notre revue) et qui en est maintenant à son 200 ème exemplaire vendu. Il est en effet surprenant de constater qu'une petite embarcation de ce type (trimaran de moins de trois mètres de large) puisse naviguer par des conditions de vent en général réservées aux seules planches à voile.
1 Le Principe
Ce brevet permet de jouer sur la flexibilité (variable d'un type d'embarcation à l'autre) des bras de liaison d'un multicoque et plus spécifiquement d'un trimaran. L'idée originale consiste à introduire dans ce bras flexible une longueur de tube rigide plus ou moins importante. La flexibilité du bras variera en fonction de la longueur du tube choisie.
Ce principe permet notamment d'éliminer un des défauts majeurs des trimarans. La société Rotomer copropriétaire depuis plus de dix ans d'un trimaran de 1 1 mètres ; le "Hop" (plan Danson réalisé par les frères Colignon pour la CStar) a tiré une expérience de l'observation du comportement des multicoques de course. En effet, un des inconvénients majeurs réside dans le fait d'enfourner le flotteur sous le vent, notamment dans les bords de près, à la gîte ou lors d'empennage par gros temps, si l'on ne prend pas soin de reborder l'écoute.
Avec le "Bow Bont System" le trimaran au près s'appuie sur son flotteur sous le vent sans jamais que celui-ci n'enfourne dans l'eau. Au fur et à mesure de la gîte, ou lors s'une violente survente, c'est le bras avant qui par sa flexion joue le rôle d'amortisseur et évite au flotteur de piquer du nez dans l'eau. Outre le maintien de la vitesse (le coup de frein brutal de l'enfournement disparaît) ce principe permet à la coque centrale de gîter et ainsi d'amortir la survente par une réduction de la prise frontale au vent. Cette flexibilité présente un avantage supplémentaire, - notamment pour les petites embarcations qui est la robustesse. En effet, les multicoques doivent souvent leur fragilité à une rigidité excessive qui se traduit par des points faibles aux sites de liaison des coques et des flotteurs. L'amortissement des mouvements du bateau par la flexibilité appropriée des bras est un gage de solidité (schéma 1). Cette flexibilité des bras de liaison peut être aussi utilisée astucieusement en montant sur l'embarcation, non plus un mât classique, à implantation rigide, mais en utilisant le principe d'un mât monté sur un cardan ou diabolo souple du style de celui des planches à voile.
Le mât haubané de un tiers sur des prises de cadène, fixées sur chaque flotteur va pouvoir comme sur une planche, s'incliner plus ou moins lors d'une survente, en fonction de la flexibilité du bras de liaison au vent (schéma 2).
L'amortissement de la survente, au lieu de se traduire par une gîte excessive, un enfournement et un risque de "grand soleil" va permettre au bateau de rester relativement plat sur l'eau. De plus, le retour de flexion du bras au vent ramenant l'angle une fois la rafale passée redonne au bateau une poussée vélique à la façon des "pompes" de planche.
L'intérêt d'un mât dont l'angle peut être modifié ne s'arrête pas là. En effet comme nous le présentait Multicoques Mag dans son numéro 69, les hollandais ont travaillé sur un système de mât aile delta permettant, comme pour les planches à voile d'alléger et même de surélever l'embarcation au lieu de la faire piquer dans l'eau. La poussée vélique d'une voile dont le mât s'incline au vent sera plus ascendante que descendante. C'est ce principe qui permet aux planches de déjauger plus facilement tout comme aux avions de voler. Il suffit donc que chaque hauban soit réglable (en bordant le hauban au vent après avoir choqué celui sous le vent) pour que le mât monté sur diabolo vienne s'incliner au vent. Il va de soit que ce réglage des haubans ne peut se concevoir sur une embarcation à -vocation solitaire. C'est ce qui explique que le Triak n'en soit pas équipé, mais que les "Sprintiak" (trimarans conçus autour des coques de kayaks de mer plus longs et plus rapides 4,50 m à 5,20 m pour un poids avoisinant les 20 kg, munis d'une prise de safran) pourront en être équipés eh option. Cette application permettra de plus d'adapter ces kits de transformation sur n'importe quel kayak, le tout en moins d'un quart d'heure. En effet le brevet BBS utilisant des bras flexibles et la possibilité d'utiliser un mât monté sur diabolo, autorise l'adaptation sur une coque polyéthylène s t a n d a r d chose absolument inconcevable eu égard aux contraintes de structure avec des bras et un mât conventionnel.
2 En mer
Lors des essais le BBS a été testé sur une coque centrale de sprinter (Ocean Kayak - Rotomod). Cette base insubmersible et auto videuse utilisée pour l'entraînement aux compétitions de vitesse en kayak de mer pèse 20 kg et possède une carène très rapide. La voilure adaptée est composée d'une grand voile monofilm lattée de 7 m2 et d'un foc d'environ 3 m2, ce qui porte la surface totale de voile à 10 m2 pour environ 40 kg au total : magnifique ratio poids/surface. Les dérives latérales articulées sur le bras avant sont en fibre de carbone de 50 cm utilisées en compétition de planches. Tous les gréements de planche sont bien entendu adaptables sur le pieds de mât constituant l'embase du gréement. Le mât en alu de 40 mm permet d'obtenir une quête proche de celle observée sur les Forty Niner. Ce n'est pas le seul point rapprochant ce bateau du bateau australien ; en effet le "Sprintiak" se skippe en jouant du poids de son corps, afin de ne laisser que la coque centrale sur l'eau.
Sur un tel bateau le barreur se déplace sur les sièges latéraux spécialement conçus pour recouvrir le bras arrière. Les pieds bien calés dans les footstraps, le barreur peut se mettre en position de rappel permettant au bateau de bien rester à plat quel que soit le bord parcouru.
Les essais sur le "scupper pro" (coque centrale de 4,50 m permettant de porter 200 kg au lieu des 130 kg pour le sprinter) montrent que la présence d'un équipier permet de jouer sur l'équilibre de position de deux navigateurs afin de laisser le bateau le plus à plat possible. Dès la moindre risée, le bateau accélère sans aucune écume sur l'eau, au près le bateau gîte sans enfourner et donc sans freiner. Inutile de dire que les classiques monocoques de dimensions et de prix comparables ont du mal à se montrer aussi rapides ! Seul le près serré permet d'illustrer que les multicoques ne seront jamais des quillards...
Pour les concepteurs de ce bateau qui sera présenté officiellement au salon nautique de Paris en Décembre 1998 : (kit adaptable sur différents types de kayaks rotomoulés munis d'une prise de safran), l'objectif est de commercialiser a un prix défiant toute concurrence une embarcation aussi simple à transporter qu'une planche à voile et aussi rapide qu'un hobie, avec en plus la possibilité naviguer par tout type de force de vent, avec un plan de voilure allant de 10 m2 (7 + 3) à 3,50 m2 sur la grand voile seule pour des vents supérieurs à Force 6...
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